Introduction
Aujourd’hui m’intéressant aux genres et à ce qui les traverse, je m’intéresse plus particulièrement à ce qu’est le genre féminin ou ce qui s’en approche.
Je m’explique: le genre est créé par opposition, masculin vs féminin, création qui a été faite en associant deux genres à deux sortes d’organes génitaux respectifs. De nos jours nous essayons avec les mouvements queer et lgbtqia+ de sortir de cette dualité. Malgré cela, elle persiste toujours, le passage d’une identité de genre féminine vers une masculine, d’une case à une autre. Cependant ce que je viens de décrire n’est pas tout à fait vrai puisque certaines personnes ne sont pas forcément dans cette dualité, mais plutôt dans quelque chose de plus mouvant.
Ceci étant dit, lorsqu’on «transitionne» d’un point de vue médical et stéréotypé, l’individu va de MTF (Male to Female) ou FTM (Female to Male), d’un genre à l’autre ; encore une fois ces cas précis majoritaires ne définissent pas l’ensemble des personnes qui «transitionnent».
Je me demande s’il n’y a pas pour certaines personnes, dans les problématiques de genre, une affinité pour le stéréotype. Par exemple, pour ma part je ne me considère pas femme; j’ai été assignée femme à ma naissance car née avec des organes génitaux associés au genre féminin et ceci ne m’a jamais posé problème.
Aujourd’hui pourtant, je ne m’identifie pas en tant que femme. Je me considère quelque part entre la femme et l’homme ou peut-être nulle part. Je pense que nous pouvons considérer cela, quelque part dans la non binarité, s’il y a bien une chose dont je suis sûre c’est que j’ai toujours été profondément attirée par le stéréotype du genre féminin. C’est-à-dire que j’ai un profond intérêt pour les choses dites très féminines. Lorsque je suis féminine, je ne me considère pas comme femme mais comme performant le genre féminin en utilisant ses codes, bien qu’ils soient ancrés dans le patriarcat et sont des normes imposées aux femmes depuis des décennies.
De ce fait, je me demande si «sortir des stéréotypes de genre» est vraiment la solution. Faut-il les éliminer ? Faire table rase ?
Il est impossible d’effacer le passé, les stéréotypes de genre féminin font malheureusement partie d’une sorte de culture qui nous a été imposé.e. C’est en cela qu’ils sont mauvais: ils sont automatiques et irréfléchis. Pourtant certaines personnes s’y épanouissent.
La solution est peut-être plutôt de tout éclater et de ne plus se poser de questions avec des hommes qui sont des stéréotypes féminins et des femmes qui sont des stéréotypes masculins ou plutôt des personnes qui incarneraient des stéréotypes comme iels le souhaitent ?
Pourtant les stéréotypes sont ce qu’ils sont, ils sont toujours imposés et omniprésent dans notre société actuelle. Allez-vous reprocher à une petite fille d’aimer le rose et les princesses ?
Non, mais elle doit savoir qu’elle peut aimer le bleu et les dragons de la même manière. Finalement la seule réalité qui est juste est celle de laisser le choix d’aimer quelque chose sans y mêler des questions de genre.
Le stéréotype patriarcal déclare qu’un genre aime certaines choses par opposition à un autre genre. Sortir de tout cela est admettre qu’il n’y a pas de genre : alors se poserait la question des personnes qui sont en adéquation parfaite avec leur genre; oui une féministe qui aime les paillettes et le rose ça existe.
Alors il y a plutôt des genres, enfin plus que deux en tout cas; c’est un spectre où tout ce mélange, un spectre infini.
« Sortir des stéréotypes de genre » oui, mais si nous allions plus loin, si la question devait être repensée, la question ne serait-elle plutôt « sortir du genre »? Sortir du genre n’est pas l’effacer, c’est le questionner, ne plus l’imposer à quiconque.
Il existera toujours pourra être performé et utilisé comme un outil.
Est-on attiré par un sexe, une biologie ou vers des stéréotypes de genre ?
Ils sont ici, ils sont images, nous avons grandi avec, nous nous sommes construit.e.s avec, ne devrions-nous pas en faire quelque chose ?
Non, nous devrions tout détruire pour des gens qui remettent la légitimité des femmes à faire des choses concrètes, à avoir un pouvoir sur leur corps ?
Parce qu’elles ont grandi avec ces images ?
Et maintenant elles devraient tout effacer, repartir de zéro ?
Nous ne pouvons repartir de zéro, nous partons toujours de quelque part qui précède.
Oui nous ne devons plus les imposer, mais nous ne pouvons reprocher à ceux qui ont grandi avec de les exploiter.
Je vais ici mettre en corrélation le travail corporel d’Alicia Amira et les performances artistiques Surgery performance d’ORLAN en me basant sur le texte de Brunet-Georget Jacques intitulé : De la chirurgie esthétique à Orlan : corps performant ou corps performé ?
Alicia Amira est une bimbo que j’ai connu par le biais d’Instagram dont nous reparlerons plus en détail dans la deuxième partie.
« Parmi ces pratiques d’hybridation, la chirurgie esthétique tient une place importante : elle propose des implants et autres infiltrations pour modifier de manière provisoire ou définitive l’image et l’éprouvé corporels, et s’inscrit par là dans une démarche apparemment délibérée de perfectionnement du corps. Par sa plasticité matérielle, le corps actualiserait de nouvelles possibilités dans la recherche de l’excellence physique ou dans la promesse d’une séduction décuplée. Toutefois, un tel optimisme bute rapidement sur le constat d’après lequel ce choix d’auto-façonnement s’enlève sur fond de possibilités normatives, liées à un dispositif de pouvoir qui s’infiltre dans les ramifications les plus intimes de nos vies, tout particulièrement lorsqu’il s’agit des identités sexuées ou de genre. Si la chirurgie esthétique laisse attendre un dépassement des limites du corps propre, elle reconduit une forme d’essentialisme en alignant l’apparence physique sur des canons de beauté socialement recevables et qui font mordre sur la chair des idéaux de genre surimposés. […]. En offrant son visage à des interventions plastiques qui le reconfigurent suivant des modalités inattendues, à la limite de la laideur ou de l’étrange, elle interroge les conditions d’intelligibilité du féminin et déplace ses prémisses politiques. Déjouant le fantasme de perfection et de désirabilité, elle détourne la pratique chirurgicale pour en faire surgir l’impensé et ouvrir sur un monde de devenirs et d’identités nomades, détachés de la perspective d’un dépassement unifiant. » La transformation d’Alicia Amira est tellement intense qu’elle en devient à la limite de l’étrange et du repoussant pour la plupart des gens, comme pour ORLAN la reconfiguration est à la limite de l’étrange ou de la laideur. C’est à partir de ce constat que je me pose la question de la réalité de la beauté de cette transformation, en toute conscience axée sur les normes féminines. Cependant, elle en devient tellement extrême qu’on peut se demander si l’origine de ce changement est due entièrement au dispositif de pouvoir patriarcal. Pour Alicia Amira, l’excellence du corps et la séduction sont au cœur de ce changement en étant un fétiche inclus dans une pratique sexuelle. La plasticité du corps est au cœur même de la « bimboification » puisque son corps devient plastique : le but est ici de devenir plastique, devenir objet, en dépassant les limites propres au corps.
« Orlan affirme faire « a woman-to-woman transsexualism » : cette expression paradoxale laisse d’abord entendre qu’il est possible de rectifier l’image externe de soi à partir d’une perception interne du corps (“je ne suis pas la femme que je suis” ; “j‘ai un autre visage”), » Encore une fois un parallèle est à faire entre la revendication artistique d’ORLAN et la transformation d’Alicia Amira puisque cette dernière cherche aussi à façonner son visage, pour le transformer en celui qui serait en adéquation avec sa vision interne.
« Mais surtout que le fossé entre ces deux images ne saurait se laisser totalement combler, qu’on n’a jamais vraiment le corps de son sexe, et par conséquent qu’il n’y a pas d’identité féminine donnée ou normative, mais une indétermination fondamentale qui ouvre une chaîne potentiellement indéfinie de transformations, dont la chirurgie est ici le vecteur performatif en subvertissant la distinction entre intérieur et extérieur, semblant et original, etc…. Elle dit ainsi : « Mon travail n’est pas dirigé contre la chirurgie esthétique, mais contre les standards de la beauté, contre les diktats de l’idéologie dominante qui s’impriment toujours davantage sur la chair féminine … et masculine » [..] Or le culte du narcissisme est précisément l’un des traits, portés par le dispositif chirurgical, dont Orlan tente de déjouer les présupposés en faisant surgir leurs contradictions et leur envers. » Le culte du narcissisme est un enjeu porté par la chirurgie dont les présupposés seraient de correspondre aux critères de beauté à une échelle sociétale, de rentrer dans des idéaux normatifs.
Ce qu’Alicia Amira ne fait pas. Elle va bien au-delà de ça, poussant les idéaux vers une limite qu’elle seule définit. Quant à ORLAN, elle montre, lors de ses performances, l’espace qui est créé lorsque l’identité féminine et normative n’existe pas, entre autres elle tend à explorer par le biais d’une technique normative un vide encore peu exploré ; ce vide se situe-t-il entre les genres (féminin et masculin) ou au-delà des genres ? On parle ici d’une chaîne potentielle indéfinie de transformation qui tenterait de combler la différence entre le genre et le corps.
Depuis ORLAN jusqu’à Alicia Amira, la modification du corps reste un enjeu important et les moyens pour y parvenir ne sont peut-être pas si différents. Néanmoins, les réseaux sociaux offrent des possibilités qui bien que s’inscrivant dans une continuité poussent celle-ci à l’extrême et nous verrons, dans ce mémoire, comment. Nous nous arrêterons pour cela sur une figure caractéristique, celle de la.e bimbo.
La figure de la bimbo est donc à interroger d’un point de vue artistique. Nous pouvons d’ailleurs retrouver la figure de la bimbo dans plusieurs projets d’artistes tels que Soto Sosa, Emma Stern ou bien encore comme nous l’avons déjà vu, Molly Soda.





