L’art à l’ère des réseaux sociaux
Appropriation des réseaux sociaux par les femmes artistes
Les frontières entre le milieu de l’artiste et celui du créateur.rice de contenu sur Instagram devient parfois mince. Arvida Bystrom et Molly soda en sont des exemples puisque leurs productions artistiques se sont rapidement retrouvées sur les réseaux sociaux et sujet même de leur inspiration. Pour les femmes, le réseau social a permis une réelle libération de la parole mais aussi une libération des représentations féminines. Cette libération passe par le biais de la production d’image sur la femme par la femme et de même pour les textes qui accompagne les posts.
J’aimerais partager cette citation de Mona Chollet dans Beauté fatale : “Car, en désignant les images stéréotypées, en les disqualifiant comme archaïques et asservissantes, on les constitue comme des réalités « hors sol », hors tout contexte, hors tout lien avec les personnes qui les portent et les véhiculent. Et si le rapport entre l’image et les sujets suscitait une dynamique contradictoire, fabrique d’histoire ? Mais non ; la norme, le stéréotype sont renvoyés à des substances isolées, des réalités en soi. La critique des normes évite de poser la question de l’historicité, ou plutôt la réduit à un héritage culturel sans temporalité.” Ici il est question de culture, le fait que des femmes puissent partager librement un contenu a permis une sorte de réappropriation de la féminité, ou plus largement des corps et des identités. Nous pouvons voir deux catégories, des femmes qui élargissent les normes de féminité et de genre en luttant contre les stéréotypes de genre ainsi que des femmes qui se réapproprient au contraire les normes de féminité, en les interrogeant et en les revendiquant.
“Je résume ainsi deux axes essentiels de la pensée féministe actuelle, celui qui fait des images, normes et stéréotypes le lieu de la domination à détruire, et celui qui pose la question du sujet (politique) de la subversion, individuel ou collectif, sexuel ou social”
Beauté fatale, Mona Chollet, 2012
Cette réappropriation des normes féminines, des clichés et des stéréotypes est présente chez les deux artistes : Molly Soda et Arvida Bystrom. Leur appropriation et jeu avec les normes de la féminité passent énormément par le biais du numérique et plus particulièrement des réseaux sociaux. Nous retrouvons pour les deux l’utilisation récurrente du smartphone dans leur projets, qu’il soit la sous forme d’image ou comme support de lecture.
Les réseaux sociaux sont eux présents sous la forme de capture d’écran de la plateforme ou bien comme support à la production.
En découvrant leur travail, on voit comment les normes de beauté sont montrées et questionnées. Dans Hi my name is Arvida Bystrom, on peut voir l’artiste (Arvida Bystrom) sous différents aspects corporels dans une vidéo 360. Ces différents corps sont modifiés; on peut retrouver un corps maquillé entièrement en rose, puis un autre seulement avec des taches roses, comme si ce rose était quelque chose qui se propageait. À ces taches roses se rajouteront par la suite des taches bleues. Des corps vêtue de prothèses qui laissent place au corps naturel de l’artiste, puis l’inverse. Un des corps est complètement déformé. On trouve également des références aux réseaux sociaux telle que les oreilles de chien faisant référence au filtre chien de Snapchat.
Nous pouvons aussi trouver l’utilisation du maquillage rose chez Molly Soda dans sa vidéo ALL OVER PINK MAKEUP TUTORIAL !. Dans ses vidéos youtube Molly Soda explore l’univers des influenceur.euse.s ou créateur.ice.s de contenu, elle en fait des vidéo à l’humour critique questionnant l’image féminine à travers Youtube.
Nous constatons ainsi que lorsque des artistes tels que Molly Soda ou Arvida Bystrom s’interrogent sur les normes de genre en y intégrant une réflexion sur les réseaux sociaux, elles les réapproprient et les questionnent à travers leur production artistique en reprenant ces même codes. Ceci me fait penser à un mouvement qui s’est créé sur les réseaux sociaux qui est le mouvement bimbotok. Ce mouvement est composé de personnes dont l’objectif est d’incarner un.e Bimbo ou Himbo, chose dont nous parlerons plus en détail dans la deuxième partie.

